S.S. Sri Swami Chidananda Saraswati

S.S. Sri Swami Chidananda Saraswati

Tout est Divin. Voyez tout comme Divin. Sachant que tout est Divin, rendez votre vie divine. Vivez de manière divine. Menez la Vie Divine et soyez libre !

— Swami Chidananda

Swami Chidananda Saraswati était l’un des sages les plus éminents et les plus vénérés de l’Inde et le président de la Divine Life Society, dont le siège se trouve à l’Ashram de Shivananda, à Rishikesh, en Inde.

Né sous le nom de Sridhar Rao (son nom pré-monastique) dans l’État méridional du Karnataka le 24 septembre 1916, il grandit dans une atmosphère de discipline et de dévotion spirituelle. En 1938, il est diplômé avec mention du prestigieux Collège Chrétien Loyola de Madras (Chennai). Là, il s’imprègne des vertus d’amour, de compassion et d’humilité du Seigneur Jésus, et réalise que la Bible est “la parole vivante de Dieu, tout aussi vivante et réelle que les paroles des Vedas, des Upanishads et de la Bhagavad-Gita”. Il a pu facilement voir les similitudes et l’essence commune entre les idéaux chrétiens et la foi hindoue.

En 1943, il quitte sa maison et rejoint son maître Swami Shivananda, le fondateur de l’Ashram Shivananda et de la Divine Life Society, au bord du Gange, le fleuve sacré à Rishikesh. En 1949, il est initié par son guru au sannyāsa dīkshā et est nommé secrétaire général de l’institution. Swami Shivananda a rapidement reconnu en lui les qualités naturelles et exceptionnelles d'”un jīvanmukta [1], un grand saint, un yogi parfait, un parabhakta [2] et un jnānī [3]”.

Selon les souhaits de Swami Shivananda, après son mahāsamādhi [4] en 1963, Swami Chidananda a été nommé président de la Divine Life Society, qu’il a contribué à développer par son service désintéressé, son énergie inlassable et ses nombreux voyages dans tout le pays et à l’étranger. Il était la devise incarnée de la Société – “Servir, aimer, méditer, réaliser” – et est resté toute sa vie un simple moine bien qu’il soit un enseignant spirituel de renommée mondiale. Swami Chidananda était connu pour sa compassion envers les pauvres, les malades et les opprimés, en particulier les lépreux pour lesquels il a établi trois colonies à Rishikesh. C’est pourquoi on le surnommait affectueusement le Saint François de l’Inde, d’après le grand saint François d’Assise, pour lequel il avait lui-même une immense admiration et dont la “Prière Simple” (“O Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ; là où il y a la haine, que je mette l’amour”) est devenue le modèle parfait de sa vie.


Un Pionner du Dialogue Interreligieux

Les religions sont apparemment différentes à première vue, mais elles sont en essence une, elles existent toutes pour un grand objectif spirituel. Et ce but est de se re-ligare (re-lier), de se re-connecter à la Source Cosmique Suprême de l’être humain…

— Swami Chidananda [5]

Uni à l’esprit et à la vision universelle de son maître Swami Shivananda, Swami Chidananda avait une profonde compréhension de l’unité essentielle qui sous-tend toutes les religions du monde tout en étant lui-même profondément enraciné dans la tradition ancestrale d’Ādi Shankarācārya. Pour lui, il n’y avait qu’une seule vraie religion, la “religion du cœur”. Dans son “Hommage au Suprême”, par lequel Swamiji commençait chaque matin son discours, il faisait souvent référence à l’Absolu unique qui est au-delà de tous les noms et concepts de Dieu vénérés par les différentes traditions religieuses : “Hommage vibrant à cette Réalité Divine cosmique, absolue, non-duelle et transcendante, qui est la source première de tous les concepts de Dieu dans toutes les religions. Hommage à cet Être qui est au-delà de tous les concepts sur la Réalité Ultime, au-delà de tous les concepts de Dieu tels qu’ils sont envisagés dans les différentes religions vivantes du monde actuel…” [6]

Profondément enraciné dans cette vision de l’unité qu’il tirait directement de la profondeur de sa propre expérience spirituelle, Swami Chidananda rencontrait des saints de toutes les religions et reconnaissait en eux la Vie Divine elle-même dans toutes ses différentes facettes. Ses pèlerinages faits en toute humilité dans des lieux saints associés à d’autres religions sont également particulièrement dignes d’être mentionnés. Ils ont toujours laissé une profonde impression sur ceux qui ont eu le privilège de voyager avec lui.

Ainsi, sa vision universelle innée lui permettait de s’engager sans relâche dans le dialogue et les rencontres interreligieuses en Inde et à l’étranger. Ces dernières années, Swami Chidananda a pris une part active à plusieurs forums interreligieux tels que le centenaire du Parlement Mondial des Religions de 1993 (Chicago) au cours duquel il a été désigné comme l’un des trois principaux représentants de l’hindouisme à l’Assemblée des Présidents.


Les Rencontres-Dialogues avec Swami Abhishiktananda

Swami Chidananda s’est longuement entretenu avec de nombreuses personnalités religieuses issues de traditions non hindoues, et les rencontres et dialogues qu’il a eus avec Swami Abhishiktananda sont peut-être les plus remarquables. Ces entretiens, qui ont eu lieu à Rishikesh dès le début des années soixante, nous rappellent les dialogues mémorables entre le XIVe Dalaï Lama et le Père Thomas Merton à McLeod Ganj (Dharamsala) en 1968. Les deux moines sont rapidement devenus des amis intimes et avaient l’habitude de rire ensemble chaque fois qu’ils se rencontraient, sans autre raison que la pure joie d’être unis dans l’Esprit. Il était en effet merveilleux d’observer la relation d’amour mutuelle de ces deux saints hommes. Comme Swami Chidananda l’a lui-même rappelé : “Je me suis toujours senti très proche de Swami Abhishiktananda car il était l’incarnation du véritable esprit de renoncement. Nous étions comme des frères jumeaux“. Pour Swami Abhishiktananda également, Swami Chidananda était un “homme véritablement spirituel” et un “voyant du Réel” dont l’approche des autres religions était faite d’ouverture totale, de reconnaissance et d’humilité.

Swami Abhishiktananda a toujours été tenu en très grand respect par Swami Chidananda et tous les moines anciens de l’Ashram Shivananda. Ses derniers essais sur le sannyāsa ont même été publiés dans plusieurs numéros de leur journal mensuel [7] à la demande spéciale de Swami Krishnananda, le secrétaire général de l’époque. Ces essais sont reconnus comme étant parmi les meilleurs et les plus profonds sur le sujet, écrits par un moine qui “a vécu comme un exemple remarquable du plus strict mode de vie et de contemplation du sannyasa” [8].

Lorsque Swami Abhishiktananda a subi une crise cardiaque à Rishikesh (14 juillet 1973), Swami Chidananda s’est occupé de lui avec beaucoup d’amour et s’est arrangé pour qu’il reste dans un endroit calme où il pourrait se rétablir le plus rapidement possible.


L’initiation au Sannyasa de Swami Ajatananda

…C’est une tradition multiséculaire et multimillénaire – quelqu’un est prêt à tout faire, à tout donner, à payer n’importe quel prix pour atteindre le plus haut.

— Swami Chidananda

Au début de 1973, le dialogue entre Swami Abhishiktananda et Swami Chidananda s’est intensifié lorsqu’ils ont envisagé la possibilité de donner une “double initiation monastique” à Marc Chaduc, le principal disciple de Swami Abhishiktananda. Le grand désir de Marc était d’être initié au sannyāsa [9] dans la tradition directe des Upanishads, au-delà des barrières religieuses des doctrines et des dogmes. Cette dīkshā [10] œcuménique a finalement eu lieu à Rishikesh, au bord du Gange sacré, le 30 juin 1973 : Swami Chidananda, en tant que guru de la dīkshā, initia Marc à l’ordre Dashanami Sannyasa fondé par Adi Shankaracharya et lui donna la robe safran avec Swami Abhishiktananda. Dans son journal spirituel, le Swami Ajatananda, nouvellement initié, a écrit sur son association inspirante avec son dīkshā guru [11] : “Chaque fois que je m’assieds à Ses pieds, je suis envahi par une paix qui dépasse l’entendement. La lumière et la paix divine émanent de Sa seule présence. Son corps grand et mince n’est qu’austérité et beauté – la beauté incomparable des saints dont le corps, plein d’aplomb, réfléchit en permanence le mystère de la Transfiguration. Son esprit est plein de discernement et de connaissance, capable de transcender toutes les barrières. Son âme n’est autre que l’amour absolu, l’amour, l’amour infini ! A la fois bhakta fervent et advaitin [12] imperturbable, bien au-delà des dichotomies de la pensée, Swami Chidananda est l’incarnation de la pure simplicité… D’ailleurs, je n’ai jamais vu de gourou aussi humble que lui, et je n’ai jamais vu personne qui serve tout le monde avec le même degré d’altruisme. S’il parle de lui-même, c’est toujours en sa qualité d’humble disciple de son Maître, Swami Shivananda. D’ailleurs, en ce qui le concerne, tous les êtres sont ses amis, ses ‘frères’ : tous les êtres sont des mūrtis [13] du même et unique Atman [14] qu’il perçoit en tous.” [15]

Swami Chidananda était particulièrement heureux de la dīkshā de Marc. L’association spirituelle et l’amitié étroite entre lui et Swami Ajatananda s’approfondiront considérablement au fil des années. En janvier 1975, grâce à l’aide de son dīkshā guru, Swami Ajatananda s’installe dans un ermitage situé sur la rive du Gange, à une quarantaine de kilomètres en amont de Rishikesh, à Kaudiyala. Le jeune sannyāsī y est resté plongé en profonde méditation et absorbé par Dieu jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1977. Swami Chidananda fut le dernier à avoir rencontré Swami Ajatananda au cours de la même année dans sa solitude himalayenne. Par la suite, il parlera toujours de lui en termes très élogieux comme “d’un mystique et d’une personne ayant l’expérience de Dieu et dont les expériences reflètent la Vérité de la plus haute expérience Upanishadique des sages des temps passés” [16].


Le Retour à la Source Infinie

Au-delà de l’espace et du temps, je suis là pour toujours.

— Swami Chidananda

Swami Chidananda nous a privés de son darshan physique [17] à Dehradun (Inde du Nord) le 28 août 2008, dans la plus grande simplicité, conformément à sa vie entière de total désintéressement. La cérémonie funéraire du Jal Samādhi [18] eut lieu à Rishikesh aux premières heures du 29 août et s’est déroulée dans le strict respect des instructions qu’il avait laissées pour que son corps soit immergé dans le Gange aussi rapidement que possible et avec des rites religieux réduits au minimum. Swami Chidananda avait spécifiquement donné l’instruction de ne pas donner le Bhu Samādhi [19] mais a demandé à la place le Jal Samādhi comme pour les sannyāsīs ordinaires. La raison de cette instruction est très probablement que Swamiji ne voulait pas avoir un samādhi [20] dans l’ashram pour être vénéré après le départ de son corps, car il avait souvent répété qu’il n’était pas un guru et que s’il avait donné des initiations, c’était uniquement au nom de son maître, Swami Shivananda.

Un grand sage des temps modernes s’est donc soustrait à notre regard pour retourner à la Source infinie, mais sa présence spirituelle sera désormais partout et continuera à aider, guider et inspirer tout un chacun.



Swami Chidananda Saraswati était l’ancien Président de la Divine Life Society, Sivananda Ashram, Rishikesh. Il est l’auteur de dizaines de livres sur le yoga et la spiritualité. Ses ouvrages les plus connus sont : A Call to Liberation ; An Instrument of Thy Peace ; Awake, Realise your Divinity ; Path Beyond Sorrow ; Philosophy, Psychology and Practice of Yoga ; Ponder These Truths ; Seek the Beyond ; Verses Addressed to the Mind. Une biographie partielle a été écrite par Sarat Chandra Behera : The Holy Stream. The Inspiring Life-Story of Swami Chidananda, Rishikesh, 1981, réimpression 2002.

Lire La vraie Religion, discours prononcé devant les délégués du Parlement des Religions du Monde, à Chicago, en 1993.

[1] Une âme libérée et illuminée alors qu’elle est encore dans le corps.
[2] Un grand adorateur de Dieu.
[3] Lit. un “connaisseur” (de la Vérité) ; un sage.
[4] Mort physique d’un yogi ou d’une âme réalisée qui quitte consciemment son corps.
[5] Voir Swami Chidananda, The True Authentic Religion We Need Today, Rishikesh, 2006, p. 5. Le mot “religion” vient de la racine latine “re-ligare” : joindre ou relier (vers le haut ou ensemble).
[6] Voir Swami Chidananda, Renunciation. A Life of Surrender and Trust, Rishikesh, 2002, p.2.
[7] Voir The Divine Life (Journal mensuel de la Divine Life Society) : Vol. 35, n° 9, septembre 1973 ; n° 10, octobre 1973 ; n° 11, novembre 1973 ; n° 12, décembre 1973 ; Vol. 36, n° 1, janvier 1974 ; n° 2, février 1974 ; n° 3, mars 1974. Ces essais sur le sannyāsa, ainsi que d’autres essais sur les Sannyāsa Upanishads, ont été publiés plus tard dans The Further Shore, Delhi, 1975.
[8] Voir “In Memoriam : Swami Abhishiktananda”, in The Divine Life (Monthly Journal of the Divine Life Society), vol. 36, n° 1, janvier 1974.
[9] Lit. “renoncement”. Étape de la vie de moine, c’est-à-dire du renoncement à toutes les possessions et attaches mondaines. L’entrée formelle en sannyāsa est généralement consacrée par une cérémonie d’initiation (sannyāsa diksha) par le guru. Dans le cas de Marc, il a été convenu que la diksha serait simplement la reconnaissance solennelle d’une réalisation spirituelle et d’une liberté déjà acquise (vidvat-sannyāsa).
[10] Cérémonie d’initiation.
[11] Le maître spirituel qui a initié le disciple.
[12] Croyant en la non-dualité ou l’unicité absolue ; adepte de l’école de l’Advaita Vedanta.
[13] Mūrti : forme divine, incarnation.
[14] Le vrai Soi ; la Réalité divine la plus intime de chacun, identique à Brahman.
[15] 2 novembre 1971, Years of Grace (Spiritual Diary), extrait publié dans Setu, n°27, mai 2007, p. 11.
[16] Préface de Years of Grace, 28 juin 2006.
[17] Lit. ” vision ” ; ici, la vue d’un sage.
[18] Immersion d’un corps mort dans une rivière sacrée, ou inhumation dans l’eau.
[19] Enterrement d’un cadavre sous terre.
[20] Le terme “samādhi” est utilisé ici pour désigner la tombe d’un saint illuminé dans laquelle il est enterré les jambes croisées.

Note : Une version légèrement modifiée de cet article a été publiée dans le Bulletin 81, juillet 2008 du MID, Dialogue Monastique Interreligieux.


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